Études de femme nue, 1896
Huile sur toile, signée en bas à droite.
41.30 x 33.20 cm
Provenance :
Ambroise Vollard, Paris, confié par l’artiste en 1908
Léon Salavin, Paris (jusqu’en 1954 au moins)
Galerie Robert Schmit, Paris
Arthur Tooth & Sons Ltd., Londres, acquis du précédent en octobre 1973
Vente au Palais des Congrès, Versailles, 1er décembre 1974, n°68 (reproduit en couleurs et sur la couverture du catalogue)
Baron Hatvany, Budapest
Succession du Baron Hatvany, Hongrie
Collection particulière, Allemagne, acquis du précédent le 27 juin 1978
Collection particulière, Allemagne, par succession
Vente Karl & Faber, Munich, 23 juin 2022, n°703
Galerie Ary Jan, Paris
Collection particulière, Paris
Expositions :
Chefs d’oeuvre de Renoir dans les collections particulières françaises, Galerie Beaux Arts, Paris, 10-27 juin 1954, n°44 (sous le titre Baigneuses).
Bibliographie :
Ambroise Vollard, Pierre Auguste Renoir : Tableaux, Pastels et Dessins, Tome 2, Ambroise Vollard, Paris, 1918, pl. 168.
Guy-Patrice et Michel Dauberville, Renoir : Catalogue raisonné des tableaux, pastels, dessins et aquarelles, vol.3, 1895-1902, Editions Bernheim-Jeune, Paris, 2010, n°2089, p.224.
Attestation d’inclusion au catalogue raisonné digital de l’artiste établie par le Wildenstein Plattner Institute.
Dans la seconde moitié des années 1890, le thème des baigneuses occupe une place centrale dans la production de Renoir. S’il ne constitue pas un motif nouveau — il accompagne le peintre depuis ses années impressionnistes — il acquiert alors une portée différente, permettant à l’artiste de réinvestir le nu féminin comme champ de recherche et d’expérimentation picturale.
L’absence de référence mythologique explicite ou de cadre symbolique place ces figures en dehors de tout registre allégorique. Le corps féminin n’est pas investi d’un sens extérieur à lui-même : il apparaît avant tout comme un motif de réflexion plastique. Les œuvres prennent fréquemment la forme d’études autonomes, parfois fragmentaires, où la recherche prime sur l’aboutissement formel.
Sur le plan pictural, la ligne joue un rôle secondaire. Le corps est principalement construit par la couleur et le modelé. La chair est envisagée comme une surface chromatique, parcourue de tonalités multiples — roses, ocres, verts, bleus froids dans les ombres — qui participent à la structuration du volume. Les contours demeurent souvent ouverts, volontairement instables ou même flous, traduisant une volonté de privilégier la sensation picturale plutôt que la définition anatomique.
Le corps féminin est ainsi traité comme un paysage sensible, soumis aux variations de la lumière et de la matière, plutôt que comme une forme rigoureusement délimitée.
Les études de baigneuses réalisées à cette période, comme celle que nous présentons ici, ne peuvent pas toujours être rattachées avec certitude à une composition précise. Elles s’inscri- vent dans un ensemble de recherches menées de manière transversale, nourrissant les toiles plus développées exécutées entre la fin des années 1890 et le début du XXe siècle. Elles témoignent d’un moment décisif dans l’évolution de Renoir, où la représentation du nu devient indissociable d’une réflexion approfondie sur la couleur, la matière et la perception.
Exploré sur la durée, à l’instar d’autres grands peintres de son temps, le thème des baigneuses offre à Renoir un terrain d’expérimentation continu, à travers lequel ses recherches s’incarnent et s’approfondissent progressivement, jusqu’à atteindre, dans les grandes compositions tardives, la monumentalité et la synthèse ultime des Baigneuses, souvent reconnues comme un véritable testament pictural de l’artiste.
